de scobi_loic le Mer 28 Oct 2009 01:32
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Message de Fraf
Lundi 12 oct 2009 11h37
Si on se fie à la définition actuelle d'espèce, un hybride est forcément un individu stérile, à court ou long terme. Deux espèces proches, mais différentes, peuvent se croiser, mais les petits ainsi obtenus sont stériles.
Cette définition même (sans parler de la génétique des loris) est en passe d'évoluer, face à des constats de plus en plus fréquent, et qui ne trouvent pas de solution dans la configuration actuelle des choses.
La spéciation, le processus qui conduit à la formation de nouvelles espèces, tient à l'accumulation lente et naturelle (dérive génétique ou sélection naturelle) de gênes dans deux populations isolées d'une même espèce, jusqu'à ce que finalement les deux soient devenues incompatibles, et incapables de se croiser : on est alors passé d'une espèce à deux.
Ce modèle pose plusieurs problème, le premier étant si on obtient ainsi une ou bien deux nouvelles espèces, c'est à dire si l'espèce "ancestrale" dont les deux sont issues est maintenue quand la nouvelle émerge, ou si elle disparaît quand les deux nouvelles se forment. Il semble que ce ne soit pas toujours la même chose.
Le deuxième problème est la découverte de population "en cours de spéciation", c'est à dire séparées, qui donneraient, d'ici quelques milliers d'années, naissances à des espèces distinctes, présentent déjà des différences remarquables, mais qui restent parfaitement capables de se reproduire si d'aventure elles se fréquentent à nouveaux.
On a le cas notamment des discus : Symphisodon aequifasciatus et Symphisodon axelrodi peuvent parfaitement s'accoupler, les petits seront bien vivants, et tout à fait fertiles. Cependant, des descendants stériles apparaissent rapidement au bout de quelques générations. On considère que les deux espèces, bien que pas encore complètement séparées, sont déjà bien définies, et on leur donne des noms différents.
Le cas des danios est plus complexe : Brachydanio rerio et B. frankei sont tout à fait féconds, et produisent une descendance fertiles sur plusieurs génération. Pourtant, le nombre d'alevins obtenu est 60% moindre en croisant les deux, qu'en restant à l'intérieur d'une même souche. De toute évidence, les deux souches sont en train de diverger et de tendre à former de nouvelles espèces. La divergence n'étant pas encore effective, puisque la descendance commune reste fertile, on considère qu'il s'agit d'une même espèce, et le danio frankei devient une race de rerio : Brachydanio rerio frankei.
C'est la même chose pour les loris : s'ils sont capables de se reproduire entre eux, et si la descendance est fertiles sur plusieurs génération (ce que l'on appelle couramment "hybridation", et qui n'en est donc pas...), il faudrait a priori les placer dans la même espèce : même si la spéciation a commencé, elle resterait théoriquement réversible, et n'aboutira donc pas forcément à de nouvelles espèces, contrairement aux Discus, dont le destin est scellé.
D'un point de vue de simple nomenclature, deux loris interféconds devraient donc porter le même nom ; après, au sein de cette "espèce", on peut choisir ou non d'identifier des souches différences (races, variétés, types, etc.), et de les croiser (plutôt que d'hybrider, dans ce cas), ou non.
Les définitions, encore une fois, sont amenées à changer, et à remettre de l'ordre dans ce beau bazar, qui en a bien besoin. Mais pour le moment, s'ils sont effectivement interféconds, il faudrait les considérer comme une seule et même espèce.
Voilà, et désolé pour le cours de génétique, en espérant avoir réconcilié vos points de vue...